"Au nom du front parfait profond, au nom des yeux que je regarde. Et de la bouche que j'embrasse. Pour aujourd'hui et pour toujours" Paul Eluard.

Le front. Partie du corps infime et visible. Formes variées. Grand ou bombé. Le front, ou l'endroit que l'on expose le plus. Ou pas d'ailleurs. Source de complexe, signe de différence. Le front c'est comme la vie, on n'en a qu'un et même si on ne l'aime pas, il faut le garder, encore. Il est l'Invisible, on ne peut le voir à travers ses yeux. Seul le regard des autres... Non. Seul un regard peut nous le faire apparaître laid ou magnifique. Il est ce que l'on a de plus inéchangeable sur le visage. Pas comme les lèvres, le nez, la personnalité ; avec ceux là on peut tricher, mais pas avec le front. Surement le seul lien à la pureté, à l'innocence. Le reste a été façonné parce que jugé inapte au socialement correct. L'Homme dans son entièreté est soumis au loi de l'apparence. Les habits ne sont que des uniformes, une façon d'affirmer sa personnalité collective. Le front, c'est une barrière. Il sépare notre intérieur personnel, notre monde caché du reste. Palpable mais incompréhensible. Bienveillant parce qu'invincible. Zone de combat parfois brutal. L'intégrité ou l'appartenance à un groupe ? On essaye de le dissimuler à coup de frange (longue, courte, de travers, en pointe : quelle importance ?), de mèche, de maquillage parfois. Mais n'oublions pas que le front n'est qu'une union. L'union des idées, l'union des explosions internes, tout apparaît dessus. Un plis marque la contrariété, la concentration, l'âge ou encore la colère. La preuve que la nature reprendra ses droits d'ici peu. Elle a réussi à garder un territoire non occupé et non occupable (barbarisme ? Surement) sur le front qu'elle mène contre l'artificiel. Ce monde où se déroulent tant de batailles n'est tout de même rien que notre front, une sorte de rectangle situé en haut du visage d'un diamètre d'environ 20 centimètres. Qu'est-ce cela représente à l'échelle mondiale ou même à l'échelle locale ? Rien. Ce n'est rien, ne l'oublions pas.